.~*~.Chez Angelilly.~*~.

Poèmes

Si tu savais...

le 01/04/2008 à 18h05
"Que vois-tu, toi qui me soignes, que vois-tu?
Quand tu me regardes, que penses-tu?

Une vieille femme grincheuse, un peu folle,
Le regard perdu, qui n'y est plus tout à fait.
Qui bave quand elle mange, et ne répond jamais.
Qui, quand tu dis d'une voix forte "essayez",
Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais.
Et, qui, quand tu l'assieds, devient encore plus molle.

Qui ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas,
Pour occuper la longue journée grise, le bain et les repas.
C'est ça que tu penses. c'est ça que tu vois?
Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi.

Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille.
Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux,
Acceptant sans broncher tes coups d'oeil irrités
Quand, encore une fois de plus je me suis oubliée.
Je suis la dernière des dix, avec un père et une mère,
Une petite fille avec des couettes, heureuse avec eux.

Une jeune fille de 16 ans, des ailes aux pieds,
Rêvant que bientôt, elle rencontrera un fiancé.
Mariée déjà à 20 ans, mon cœur bondit de joie,
Au souvenir des vœux que j'ai faits ce jour-là.

J'ai 25 ans maintenant et un enfant à moi,
Qui a besoin de moi pour lui construire une maison.
Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite,
Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront.

40 ans, bientôt il ne sera plus là.
Mais mon homme est à mes côtés, qui veille sur moi.
50 ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés,
Me revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.

Voici les jours noirs, mon mari meurt...
Je regarde vers le futur en frémissant de peur.
Car mes enfants sont tous occupés à élever les leurs,
Et désormais, je ne fais plus que compter le temps, les heures

Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle,
Qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folie.
Mon corps s'en va, la grâce et la force m'abandonnent,
Et, il a maintenant une vieille pierre usée, là où jadis J'eus un cœur plein de vigueur.

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure,
Dont le vieux cœur se gonfle sans relâche.
Je me souviens des joies, je me souviens des peines,
Et à nouveau, je sens la vie et j'aime...

Je repense aux années trop courtes et trop vite passées,
Et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer.

Moi, une vieille femme grincheuse?
Ouvre les yeux...regarde mieux..."

Le bonheur

le 29/01/2008 à 18h10
Si tu ne trouves pas le bonheur,
c’est peut-être que tu le cherches ailleurs...
Ailleurs que dans tes souliers.
Ailleurs que dans ton foyer.

Selon toi, les autres sont plus heureux.
Mais, toi, tu ne vis pas chez eux.
Tu oublies que chacun a ses tracas.
Tu n’aimerais sûrement pas mieux leur cas.

Comment peux-tu aimer la vie
si ton coeur est plein d’envie,
si tu ne t’aimes pas,
si tu ne t’acceptes pas ?

Le plus grand obstacle au bonheur, sans doute,
c’est de rêver d’un bonheur trop grand.
Sache cueillir le bonheur au compte-gouttes :
ce sont de toutes petites qui font les océans.

Ne cherche pas le bonheur dans tes souvenirs.
Ne le cherche pas non plus dans l’avenir.
Cherche le bonheur dans le présent.
C’est là et là seulement qu’il t’attend.

Le bonheur, ce n’est pas un objet
que tu peux trouver quelque part hors de toi.
Le bonheur, ce n’est qu’un projet
qui part de toi et se réalise en toi.

Il n’existe pas de marchands de bonheur.
Il n’existe pas de machines à bonheur.
Il existe des gens qui croient au bonheur.
Ce sont ces gens qui font eux-mêmes leur bonheur.

Si, dans ton miroir, ta figure te déplaît,
à quoi te sert de briser ton reflet ?
Ce n’est pas ton miroir qu’il faut casser.
C’est toi qu’il faut changer !

Charles-Eugène Plourde

J'ai presque peur, en vérité

le 18/01/2008 à 17h20
J'ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m'a pris l'âme l'autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D'aussi franchement vous le dire,
A penser qu'un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu'il vous suffirait d'un geste.
D'une parole ou d'un clin d'oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L'avenir dût-il m'être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu'à travers un immense espoir,

Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t'aime !

Paul Verlaine

Les caresses des yeux

le 22/11/2007 à 12h18
Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

Auguste Angellier 

Le dormeur du val

le 08/11/2007 à 19h46
Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

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